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Sophie Denoël et Cécile Oger, alors doctorantes et depuis lors docteurs en histoire de l'art (ULg) et collaboratrices à l'Université de Liège, présentent une communication intitulée

Mécènes ou commanditaires ?
La Principauté de Liège de Louis de Bourbon à Gérard de Groesbeeck (1456-1580).

Très peu d'œuvres sont conservées pour la fin du XV e et le XVI e siècle liégeois ; on a d'ailleurs souvent considéré que, les princes-évêques ne menant pas de politique de mécénat, la production artistique était restée quasi inexistante dans la principauté à cette époque, à l'exception toutefois du seul et brillant règne d'Érard de la Marck (1505-1538). Or, les archives mentionnent de nombreux peintres, sculpteurs, verriers et orfèvres, souvent venus de l'étranger, installés dans la capitale principautaire.
Dans leur exposé, les oratrices s'attachent en particulier aux manuscrits enluminés et à la peinture de chevalet,

 

reconstituant le corpus des œuvres anonymes liégeoises et l'examinant sous l'angle de la commande et du destinataire.

Outre le rôle contrasté des princes-évêques successifs, il est établi que les abbayes bénédictines liégeoises de Saint-Laurent (en particulier sous les abbés Jean Peeck de Looz et Gerard van der Stappen, eux-mêmes respectivement peintre et orfèvre) et de Saint-Jacques, ainsi que l'abbaye de Saint-Trond et celle des cisterciennes d'Herkenrode furent des lieux importants de commande et de production artistique. C'est notamment pour cette dernière que fut réalisée la série des Femmes vertueuses de Lambert Lombard, actuellement en cours de restauration à l'IRPA. Ensuite, c'est le rôle des chanoines des grandes collégiales de la Cité épiscopale, à titre individuel ou en chapitre, qui est mis en lumière.
Pour clore, il apparaît que le rôle des nobles et des bourgeois ne peut être négligé. Un bel exemple en est donné, si l'on retient l'identification du commanditaire d'un livre d'heures de la Walters Art Gallery de Baltimore (Maître d'Antoine Rolin, ca 1480), qui pourrait être le Liégeois Antoine Jamar, mambour du prince-évêque Jean de Hornes.


 

Un retable d'église, non conservé, fut commandé auprès d'un sculpteur local par Johan Lagace delle Boverie ; un bourgmestre fit exécuter un évangéliaire tandis que le peintre Jean Ramey réalisa des toiles et des copies pour des particuliers. La présence effective d'artistes et de commanditaires, en nombre et insérés dans plusieurs strates de la société, est donc bien attestée. Toutefois, un véritable mécénat, plus suivi et plus élaboré que la simple commande, n'a pu être mis en évidence. Le travail d'attribution des œuvres mérite d'être poursuivi et élargi, en tenant compte notamment des collectionneurs et du marché de l'art. Un dépouillement systématique des archives de la période sera nécessaire. (abrégé du texte des auteurs)


Source : ULB 2004