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La chirurgie et les chirurgien-barbiers au moyen age.

Aspects historiques :

Durant l'antiquité grecque et romaine, le corps est étudié avec soins et des principes de fonctionnement sont établis.

Ces principes sont « la théorie des quatre humeurs » qui fait un parallèle entre les quatre éléments (air, terre, feu, eau) et quatre humeurs corporelles (sang, lymphe, bile blanche et bile noire).
Toutes les maladies sont dues à un déséquilibre entre ces humeurs. Les thérapeutiques auront pour but de rééquilibrer ces humeurs. (Hippocrate et Galien).
La chute de l'empire romain d'occident et les grandes invasions qui s'ensuivent entraînent une perte considérable des connaissances. Les monastères restent les seuls îlots de savoir dans un monde qui retourne à l'ignorance.
Petit-à-petit, des écoles ecclésiastiques voient le jour vers la fin du premier millénaire. Ces écoles vont recommencer à diffuser le « savoir » sauvegardé et les principes chrétiens.

Le corps est alors vu comme indissociable de l'âme et la maladie va être perçue comme une punition divine.

 
Durant ce temps, l'apparition de l'islam et son extension rapide aux VII eme et VIII eme siècle va bouleverser la donne historique du moyen-orient , de l'Afrique du Nord et de la péninsule ibérique.
L'islam n'a pas cette mentalité fermée des chrétiens et la recherche est encouragée.
Plusieurs savants issus du monde musulman vont voir le jour, issu surtout de l'Irak (Bagdad) et de l'Espagne (Cordoue).

Avicenne, Averroès, Razès vont être à l'origine d'œuvres colossales embrassant tant l'astronomie, la philosophie, l'alchimie, l'algèbre que la médecine. L'intérêt principal de ces œuvres est de redécouvrir les auteurs grecs qu'ils copient abondamment.

Aboulcassis de Cordoue
(950-1013) écrit un ouvrage de médecine de 1500 pages délimité en 30 chapitres dont le dernier, le plus connus, traite de la chirurgie.
Il dessine des planches illustrant plus de 200 instruments et y décrit des techniques chirurgicales qui sont inspirées, certes, par le Byzantin Paul d'Egine ( 625-690) mais qui seront reprises par tous les chirurgiens du moyen age.(La dernière édition date de 1544 !).

 
Ses techniques sont empruntes de bon sens, même si il ne se distancie pas des écrits antiques. Il manipule la cautérisation sans trop de limites mais, d'un autre côté, insiste sur l'observation et l'expérience personnelle.

 

Constantin l'Africain (1010-1087), moine bénédictin, étudie les œuvres de Galien et des auteurs Arabes à Cordoue, les traduit en latin et retourne enseigner à Salerne.

Roger de Parme
(né en 1180) est la figure marquante de la chirurgie de cette école. Son œuvre (la Rogérine) n'est pas très originale mais est une bonne encyclopédie des connaissances et des techniques de son temps .Il est cependant le premier à décrire une méthode d'anesthésie qui consiste à tremper une éponge dans une solution à base d'opium, de jusquiame et de chanvre et de l'appliquer sur la bouche et le nez du blessé.
L'ouverture vers les médecines arabes (et la redécouverte des « anciens ») va inquiéter l'église catholique qui ne voit pas ces « progrès » d'un très bon œil.
Des freins vont être progressivement mis afin de dissuader les prêtres de pratiquer la médecine et, surtout la chirurgie (l'ecclésiastique ne peut s'occuper « que » des âmes).
Ces entraves arriveront à leur paroxysme en 1215 lorsque le pape Innocent III interdira purement et simplement aux hommes d'église de toucher le corps humain.

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Planche originale d'Aboulcassis de Cordoue avec description de cautères
 
Mais revenons à « l'occident » : Dans la lignée des écoles conventuelles (dépendantes des couvents) se crée, à la fin du IX eme siècle, l'école de Salerne (Sud de l'Italie).
Cette école va se distinguer des autres par la présence d'enseignants laïcs et l'ouverture vers le reste du monde. Les cours sont ouverts aux étudiants de toutes origines ethniques et religieuses.