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Le duc de Bourgogne, voyant que les ennemis se tenaient fermes dans leur camp, résolut de les y forcer, et il détacha mille hommes de pied et quatre cents cavaliers pour les attaquer en flanc lorsque le combat serait engagé. Quand les Liégeois aperçurent cette troupe qui s'éloignait, ils se mirent à crier : « Ils se sauvent ! ils se sauvent ! » Mais le sire de Perwez, qui savait la guerre, leur dit :
« Mes amis, ces hommes ne fuient pas comme vous le croyez; mais au milieu de l'action ils viendront vous prendre en travers, tandis que les autres vous assailleront par devant. Je vous avais déconseillé la bataille, et vous l'avez voulue. Maintenant que voilà l'ennemi, mettez tout votre espoir en Dieu et battez-vous en braves (1)! »

Cependant Perwez s'apprêtait à conduire quelque cavalerie sur les derrières de l'armée bourguignonne, pour surveiller le corps ennemi dont il avait deviné la manúuvre; les Liégeois s'y opposèrent, en criant qu'il voulait s'enfuir et les abandonner. Alors, l'âme agitée des plus tristes pressentiments, Perwez courut se mettre au premier rang avec son fils, et l'action commença aux cris de vive saint Lambert , du côté des Liégeois, et de vive Notre-Dame de Bourgogne et Notre-Dame de Hainaut , du côté des alliés.
 

La mêlée fut horrible; elle durait depuis plus d'une demi-heure, sans que l'on pût dire en faveur de qui pencherait la victoire, lorsque le détachement ennemi dont nous avons parlé, vint attaquer les Liégeois à dos; et pénétrant par les interstices des chars, jeta la confusion dans les derniers rangs, les poussa pêle~mêle vers ceux qui combattaient en avant et qui étaient déjà vivement pressés par les Bourguignons. Cette masse d'hommes s'embarrassa tellement sur un espace trop étroit, que ne pouvant plus ni avancer, ni reculer, ni faire usage de leurs armes, un grand nombre périrent étouffés ou foulés aux pieds par leurs compagnons (2) ; le désordre devint général, et alors commença le carnage, qui fut affreux.
Deux ou trois mille Tongrois, conduits par Jean de Perwez, fils du mainbourg, étant sortis de leur ville, sur la nouvelle que les Liégeois étaient vainqueurs, furent forcés de se retirer en hâte après avoir perdu beaucoup de monde.

Au plus fort de la bataille, tout près de la bannière du duc de Bourgogne, tombèrent le sire de Perwez, et son fils Thierry avec l'un de ses frères : le damoiseau de Salm, qui portait la bannière de saint Lambert, et environ cinq cents autres chevaliers ou écuyers, ainsi que tous les braves archers anglais, couvraient de leurs corps la place qu'ils occupaient avant l'action.

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Nos auteurs estiment à 14 ou 15 mille hommes la perte totale des Liégeois : Monstrelet l'élève à 28 mille, ce qui semble exagéré; mais il est certain qu'elle dut être énorme, parce que le duc de Bourgogne avait défendu qu'on fit grâce à aucun prisonnier, et qu'il fit massacrer de sang-froid, après l'action, une multitude de malheureux qui s'étaient rendus pour avoir la vie sauve. Nombre de familles nobles ou patriciennes, des plus illustres du pays, furent éteintes dans cette fatale journée.

  L es princes passèrent la nuit à Wihogne et firent promptement annoncer leur victoire à Jean de Bavière, qui était demeuré à Maestricht. Celui-ci accourut le lendemain de grand matin sur le champ de bataille, où on lui présenta, en guise de trophée, la tête du mainbourg et celle de son rival, le jeune Thierry, l'élu de Liège. On lui amena aussi trois chefs des révoltés que l'on venait de prendre vivants, et l'évêque en fit prompte justice : l'un fut pendu à un arbre, l'autre décapité, et le troisième écartelé.
 
Reconstitution par plusieurs compagnies
© Compagnons de la Verte Tente - 2005
 
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