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La bataille d'Othée
22 septembre 1408

Victoire de la coalition des seigneurs de Bourgogne, Flandre, Hainaut et Brabant face au petit peuple liégeois.

 

De Gerlache
Histoire de Liège depuis César
jusqu'à Maximilien de Bavière 
Edition M. Hayez,  pp. 131 et suiv.  (Bruxelles, 1843)

Le mainbourg, qui avait peu de confiance dans son armée, quoiqu'elle fût assez nombreuse, proposa aux Liégeois d'éviter une bataille générale et de répartir tout ce qu'ils avaient de troupes dans  les principales villes de la province, afin de pouvoir de là harceler l'ennemi et le battre en détail à mesure que les occasions favorables s'en présenteraient. Mais ces paroles furent mal reçues par le peuple, qui s'écria qu'un avis semblable ne pouvait plaire qu'à des lâches et à des gens qui voulaient livrer le pays à son tyran. Au milieu de son éphémère popularité le malheureux mainbourg éprouvait déjà le châtiment de sa félonie. Ceux qui l'avaient nommé ne cherchaient qu'à couvrir leur révolte sous des noms honorables, et ils étaient prêts à le briser, si, au lieu de leur obéir aveuglément, il essayait de leur résister. Perwez réunit donc ses gens et sortit de Liège, précédé de l'étendard de saint Lambert. Informé que l'avant-garde de l'armée ennemie devançait le corps principal de quelques lieues, le mainbourg précipita sa marche pour l'attaquer avec toutes ses forces; mais le duc de Bourgogne, averti à temps par ses espions, rejoignit promptement son avant-garde.


Le duc, voulant se montrer généreux, ou pour mieux établir la justice de sa cause, fit faire aux Liégeois de nouvelles propositions d'accommodement, en les engageant à se réconcilier avec leur prince : on ne daigna pas seulement les écouter.

A
lors les deux armées s'avancèrent l'une vers l'autre jusque dans la campagne d'Othée où elles prirent position. Il y avait entre elles une petite colline : au bas se trouvait un ravin assez profond; Henri de Perwez s'empara de ce poste; y fit élever à la hâte quelques retranchements, et mit au premier rang ses meilleures troupes : à droite et à gauche étaient ses archers anglais et le petit nombre dé cavaliers dont il pouvait disposer; il plaça par derrière les hommes les moins aguerris, qui appartenaient pour la plupart à la classe indigente, mal vêtus et mal armés,  et il les entoura d'une espèce de rempart avec les chariots qui avaient servi à transporter ses bagages. L'armée liégeoise se composait d'environ trente à trente-cinq mille hommes; celle des princes était à peu près aussi nombreuse. Du reste, elles différaient beaucoup quant à leurs éléments.

Les princes avaient amené avec eux presque toute la chevalerie de Flandre, de Hainaut, de Brabant et de Bourgogne, gens rompus au métier des armes.

Les Liégeois n'avaient presque point de cavalerie et très-peu d'archers; il est douteux que leur artillerie fût aussi formidable que le prétend Monstrelet, car elle était fort rare en ce temps-là, et nos auteurs n'en parlent point.
 
 

Avant la bataille, un étrange phénomène vint pour quelques instants divertir l'attention des deux armées : c'était un grand combat aérien entre deux troupes de volatiles, dont l'une se composait de corbeaux, et l'autre de milans, d'éperviers et de différents oiseaux de proie : après une lutte longue et acharnée, les corbeaux furent presque tous détruits.
Chacun se hâta d'interpréter le pronostic en sa faveur; mais depuis la bataille, on convint généralement que les corbeaux ne pouvaient représenter que les Liégeois.

 
 
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