Vous êtes ici : Le 15ème siècle > Les 32 métiers de Liège > Naiveurs   <<< Retour  

 

Les mairniers qui utilisaient obligatoirement la voie fluviale pour le transport de leurs volumineux bois de construction devaient payer une redevance de 10 florins d'or au métier des naiveurs (en 1687). Devaient aussi acquérir la grande Rate du métier ceux qui halaient les bateaux le long des rives et des chemins de halage. Le métier comptait aussi parmi ses compagnons des marchands de foin, d'avoine et même de fagots.

Les bateliers devaient encore affronter d'autres difficultés après avoir réussi à vaincre les pièges de la navigation: ils devaient s'acquitter des différentes taxes.
Pour les naiveurs liégeois, il n'y avait pas trop de problèmes mais les bateaux étrangers étaient obligés de payer un droit au métier en plus de leur droit de passage. Imaginez la situation d'un batelier traversant différentes villes et qui était obligé de s'acquitter chaque fois des droits propres à la ville ! On aura ainsi pu arriver à la situation absurde de voir les naiveurs de Liège payer un droit à Maastricht et ceux de Maastricht en payer un à Liège. Chose tellement absurde dans son application que les autorités permirent aux bateliers de Maastricht d'entrer à Liège et d'y charger des marchandises sans payer de droit à condition que la ville de Maastricht fasse la même chose avec les naiveurs liégeois.

On a profité très tôt des avantages qu'offraient les cours d'eau de notre région et à plus forte raison, de la Meuse. Mais il ne fallait pas être n'importe qui pour manœuvrer les bateaux soit à voile soit à rames. Les étrangers ne pouvaient être employés par les maîtres naiveurs. Non par racisme mais tout simplement parce qu'il fallait connaître parfaitement les difficultés et les pièges du cours d'eau qui était loin à l'époque de présenter les mêmes facilités qu'aujourd'hui. En dehors des collisions entre bateaux, il y avait aussi des chutes de pierres provenant des falaises mosanes. Quand on pense qu'un voyage de Liège à Huy par exemple pouvait durer douze heures...

Devaient acquérir la grande Rate du métier tous les navigateurs, qu'ils naviguent sur la Meuse, sur l'Ourthe, sur des rivières sauvages ou qu'ils utilisent pour leur transport des bateaux à voile ou à rames, des bacs ou des nacelles.



 
C'était souvent les princes qui accordaient des concessions pour l'exploitation de barques marchandes. Ils durent aussi prendre des mesures pour empêcher les pirateries sur ces bateaux le long de la Meuse. Vous l'avez vu, au début de notre introduction, le pays de Liège a souvent été troublé par des guerres civiles. Elles favorisèrent l'apparition de hordes de pillards qui n'hésitèrent pas à attaquer les bateaux désarmés. Pas longtemps puisque ceux-ci durent être équipés de poudre, de balles et de piques pour faire face à l'ennemi éventuel.   II fallait prendre son casse-croûte avec soi (et même de quoi dormir) si on voulait aller à Huy en bateau, environ 12 heures. Les voyages étaient longs mais aussi incommodants lorsque le voyageur embarquait avec des animaux malodorants par exemple. S'il était plus pressé, il devait prendre les nefs bisawes dont le service était assuré par une société de Biseurs. Le premier règlement les concernant stipule «qu'avant de se mettre en route, ces bateliers devront déposer 32 sous dans la boîte du métier».
Les compagnons du métier se réunissaient soit aux Frères-Mineurs soit en leur local de la maison dite de la Chaîne d'Or et située sur le Marché au coin de la rue Neuvice, côté Violette.
© J.Maréchal - Pixures