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Tout comme les vignerons devenaient à l'occasion des bouchers, les bouchers eux devenaient des harengiers-fruitiers.

Comme nous l'avons déjà constaté, tous les métiers impliquant la vente et l'achat de marchandises comestibles étaient sévèrement contrôlés pour des raisons d'hygiène publique. II en fut de même pour les bouchers qui comptaient plus de cent règlements à leur actif.
Voici quelques extraits des plus significatifs : «On ne pourra tuer en rue quelque bête que ce soit, à l'exception des porcs, que lorsqu'on ne pourra les abattre ailleurs. Quiconque exposera en vente de la chair morte (de mort naturelle) sera banni pendant cinq ans et la marchandise sera jetée à la rivière. Quiconque abattra une bête malade sera privé du métier, à perpétuité. On ne pourra tuer agneaux et chevreaux de moins d'un mois. II est interdit de détourner un acheteur en lui disant, que la viande d'un confrère est "chair de vache ou de bélier". Un mangon contreviendrait à tous ses devoirs en conduisant un étranger aux cotillages, boulangeries et brasseries pour y acheter de la chair appartenant au métier. Lorsque et tandis que le métier sera assemblé au Palais, pour y délibérer des choses de la Cité, on ne pourra charger sa femme ou son serviteur d'acheter en son lieu et place, car cela désavantagerait ceux qui, en cet instant, n'ont d'autre souci que le bien de la République».

Deux anecdotes que les historiens assimilent à des légendes nous éclairent sur le «fichu» caractère des bouchers : «Ainsi, en 1301, Jean d'Outremeuse, un jeune noble, Piron de Neuvice, tendant la main vers l'étal de Gilton Wothuel, pour recevoir un impôt que les mangons jugeaient illégal, eut la main tranchée par le couperet du boucher».
«En 1302, lors des préliminaires de la Mâle Saint Martin, un boucher nommé Jean de Smet assomma un noble au moyen d'un mortier qui en temps normal servait à piler l'ail entrant dans la fabrication de charcuteries diverses».

Tout le monde sait que pendant le carême, il n'était pas question de manger de la viande. De plus, les bouchers ne pouvaient vendre de la viande le jeudi et le dimanche. Alors quelle solution adopter pour éviter aux bouchers de fermer boutique pendant aussi longtemps ? Tout simplement, on les autorisa à acheter et vendre « toutes espèces de poissonnerie de mer » pendant le carême.



 

En vue de favoriser les petits consommateurs, les cabareteurs et taverniers n'étaient pas autorisés à acheter des vivres avant que les pauvres gens aient eu le loisir de s'en procurer d'abord.
L'histoire des cloches de saint Lambert.
Tout commença avec la bataille de Steppes (1213) dans laquelle les bouchers se distinguèrent tout particulièrement dans leur combat contre les Brabançons. En récompense de leur bravoure, les mangons eurent le privilège de sonner les cloches à saint Lambert.

  Le 11 octobre était une date d'angoisse pour le chapitre de la cathédrale et pour le métier lui-même : les premiers craignaient que les sonneurs trop enthousiastes et manquant d'expérience ne brisent les cloches, les seconds voulaient éviter qu'on leur attribue la responsabilité d'un accident. Ils avaient même prévu que « tous compagnons qui auront dévotion pour aller sonner les cloches, la nuit et le jour du Triomphe de saint Lambert, se devront comporter honestement». En 1610 les chanoines décidèrent de supprimer ce privilège au grand désespoir des compagnons du métier.
© J.Maréchal - Pixures