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  En 1439, raconte Th. Gobert, «Un brasseur de saint Pierre-lez-Maestricht ayant envoyé un chariot de bière, les brasseurs liégeois, irrités de cette concurrence, se portèrent en armes vers Coronmeuse par où le chariot devait venir et s'opposèrent violemment à son entrée à Liège».Cet incident ne fut pas le seul mais il faut tout de même signaler que chaque citoyen de Liège avait le droit de brasser de la bière pour ses usages domestiques et même de vendre la production excédante.
Tous les brasseurs n'étaient pas propriétaires d'une belle brasserie. Parmi les maîtres, il y avait ceux qui brassaient à façon mais «le plus souvent, écrit A. Van Santbergen, ils se plaçaient sous-maîtres comme ouvriers qualifiés. A cet effet, ils payaient le chaudron, cotisation infime qui les rangeait parmi les valets aux privilèges limités. Astreints à de longues journées de travail, victimes de chômages fréquents, ceux-ci vivaient pauvrement sans autre protection qu'un éventuel contrat de travail».
Pour la facilité du contrôle, les brasseurs étaient répartis en cinq quartiers (à l'époque : vinâves) : St-Jean Baptiste, St-Servais, Outremeuse et en Ile (à l'intérieur des murs) et le quartier d'Amercoeur (à l'extérieur des enceintes).
Chacun des quartiers avait le droit de choisir ses dignitaires tour à tour lors des réunions en la chambre du métier enseignée «delle Barbe d'Or» et située en Féronstrée.
Les brasseurs qui sont à Liège sont presque innombrables et il n'en faut point être surpris. Les enfants apprennent à sucer la bière avec le lait. Et lorsqu'il manque aux nourrices, qui sont ordinairement leurs mères, les enfants et les parents, tout le monde enfin en fait sa boisson ordinaire. Presque tous les naturels du pays préfèrent la bière au plus moelleux bourgogne. La bière qui s'y fait est meilleure qu'aucune qui se fasse en Europe, de l'aveu même des étrangers» (in: Délices du Pays de Liège). Quoi d'étonnant dès lors à ce que notre Cité ait compté jusqu'à 162 compagnons brasseurs. Cette impressionnante quantité de brasseries constitua pour les autorités une source non négligeable de revenus. Les brasseurs étaient aussi tenus de participer dans la mesure de leurs moyens aux festivités organisées par la ville ou le prince-évêque.
     

 
A l'époque, on ne disposait évidemment pas des moyens scientifiques pour déterminer la densité d'une bière et sa qualité. Une solution à la fois très simple et très amusante était pratiquée: le système de la bière sur le banc.
Après avoir contrôlé la saveur et le goût, les rewards ou jurés répandaient le reste de leur chope sur un banc de bois et s'asseyaient dessus. Après une heure de patience, ils se levaient. Si leur culotte restait collée au banc, c'est que la densité de la bière était bonne.
Si le banc se décollait de leur derrière, c'est que la bière n'en valait pas la peine. C'est de cette façon qu'était à l'époque déterminé le prix de la bière. Le métier des brasseurs fut également exemplaire dans ses conceptions économiques.
Un règlement ne stipulait-il pas «qu'il est désirable que nul ne s'enrichisse au détriment des collègues» ?
Mais ni les exigences d'entrée dans le métier, ni les mesures prises par le prince ne purent empêcher l'essor de la grande industrie. Ernest de Bavière dut intervenir afin d'enrayer le procédé selon lequel le nombre de producteurs serait ramené «à bien peu de personnes riches et opulentes, provoquant la ruine des uns, la décadence des autres, chose directement répugnante et contraire à toute bonne police, équité et raison» ajoute le texte. Aucun autre métier n'aura vu ses statuts modifiés aussi souvent, preuve de leur inefficacité.
  Victimes des exigences de plus en plus grandes des consommateurs et de la concurrence de plus en plus forte des brasseurs qui ont commencé à vendre leur bière à l'extérieur de la Cité, les corporations ont disparu laissant la place aux grandes entreprises. Sur l'ancien territoire de la Principauté, il ne reste plus actuellement que deux grandes brasseries : à Eupen et à Jupille.
 
© J.Maréchal - Pixures